Données mises à jour — février 2026
Temps de lecture : 15 min · Par la rédaction somagaz.net · Dernière mise à jour : février 2026
L’Espagne est devenue l’un des laboratoires les plus fascinants de la transition énergétique européenne. Champion du solaire et de l’éolien, le pays affiche des prix de gros parmi les plus bas du continent — mais sa stabilité repose sur un acteur trop souvent invisible : le gaz naturel, véritable système d’exploitation de son réseau électrique. Le black-out spectaculaire du 28 avril 2025, et le rôle décisif du gaz dans le redémarrage, sont venus rappeler cette réalité.
Dans cette analyse de référence, nous décryptons le système électrique espagnol sous toutes ses facettes : mix énergétique, prix du kWh, rôle stratégique du gaz, fonctionnement du marché, leçons du black-out et perspectives 2030. Si vous cherchez un fournisseur d’électricité espagnol, notre guide dédié complète cette analyse.
⚡ L’essentiel : l’électricité en Espagne en 2025
- ▸ Part des renouvelables : 79 % du mix électrique est bas carbone.
- ▸ Production éolienne et solaire : ~21 % chacun — les deux piliers du système.
- ▸ Rôle du gaz : 21 % du mix — garant de la stabilité, seul capable de redémarrer le réseau (Black Start).
- ▸ Prix moyen de gros : 62 €/MWh, soit −32 % par rapport à la moyenne européenne.
- ▸ Black-out 2025 : 15 GW perdus en quelques secondes le 28 avril — les centrales à gaz ont permis le redémarrage.
- ▸ Objectif 2030 : 81 % de renouvelables, 22,5 GW de stockage, 12 GW d’électrolyseurs H₂ vert.
Chiffres clés de l’électricité en Espagne
Électricité bas carbone (2025)
Rang mondial — éolien
Rang mondial — solaire PV
Rang mondial — solaire thermodynamique
Prix de gros vs moyenne UE (S1 2025)
Consommation annuelle (2023)
Part de l’électricité dans la conso finale
Capacité gaz cycles combinés
Quel est le mix électrique de l’Espagne en 2025-2026 ?
Le mix électrique espagnol a connu une transformation radicale en à peine six ans. En 2019, les énergies fossiles dominaient encore la production. En 2025, les sources bas carbone représentent environ 79 % de la production totale, portées par une croissance spectaculaire de l’éolien et du solaire.
Mix 2025
Espagne
Solaire 21 %
Nucléaire 20 %
Hydraulique 15 %
Gaz 21 %
Autres 2 %
Fait marquant : en 2024, la puissance photovoltaïque installée (32 043 MW) a dépassé pour la première fois celle de l’éolien (32 007 MW), faisant du solaire la première source de capacité du parc espagnol. Les énergies renouvelables représentent désormais plus de 66 % de la capacité installée totale.
Un doublement des capacités en six ans
Entre décembre 2019 et juin 2025, l’Espagne a ajouté plus de 40 GW de capacités éoliennes et solaires, un volume supérieur à celui de tout autre pays européen à l’exception de l’Allemagne (dont le marché électrique est deux fois plus grand). Au premier semestre 2025, l’éolien et le solaire ont couvert 46 % de la demande électrique espagnole.
Pourquoi l’électricité est-elle moins chère en Espagne ?
C’est l’une des questions les plus posées sur le sujet. En 2019, l’Espagne affichait des prix de gros parmi les plus élevés d’Europe. Six ans plus tard, le pays bénéficie de tarifs nettement inférieurs à la moyenne européenne. Comment cette « exception ibérique » s’est-elle construite ?
L’exception ibérique : le découplage gaz-électricité
La clé réside dans le découplage progressif des prix de l’électricité et des prix du gaz. Dans le système européen du merit order, c’est la dernière centrale appelée — souvent une centrale à gaz — qui fixe le prix de gros pour tous les producteurs. En Espagne, la montée en puissance massive des renouvelables a réduit la fréquence à laquelle les centrales fossiles sont marginales.
Résultat : au premier semestre 2025, le prix moyen de gros en Espagne s’est établi à environ 62 €/MWh, soit 32 % de moins que la moyenne de l’Union européenne.

La cannibalisation des prix : quand le solaire fait tomber les prix à zéro
L’essor du solaire en Espagne a créé un phénomène devenu structurel en 2025-2026 : la cannibalisation des prix. En milieu de journée, quand la production photovoltaïque est maximale, l’offre dépasse régulièrement la demande, faisant plonger les prix de gros à 0 €/MWh — voire en territoire négatif.
Ce phénomène a deux conséquences majeures. Il réduit la rentabilité des nouvelles installations solaires, puisqu’elles produisent toutes au même moment. Et il rend les centrales à gaz encore plus indispensables : elles sont appelées en soirée et la nuit, quand le solaire s’éteint et que les prix remontent brutalement. Le différentiel de prix entre midi (quasi gratuit) et 21h (pic à 0,29 €/kWh) est l’un des plus marqués d’Europe.
La cannibalisation des prix solaires est l’argument le plus fort en faveur du maintien des capacités gazières. Sans les centrales à gaz pour prendre le relais en soirée, le système espagnol n’aurait aucun moyen de combler le « trou solaire » quotidien. Tant que le stockage par batteries n’atteindra pas une masse critique, le gaz restera le seul « système d’exploitation » capable de faire tourner l’ordinateur électrique espagnol du coucher au lever du soleil.
Le tarif PVPC : comprendre le tarif réglementé espagnol
Le PVPC (Precio Voluntario para el Pequeño Consumidor) est l’équivalent espagnol du tarif réglementé français. Il concerne les ménages dont la puissance de compteur est inférieure ou égale à 10 kVA et représente environ 30,9 % des consommateurs espagnols. Pour comparer les offres disponibles, consultez notre guide des fournisseurs d’électricité espagnols.
Sa particularité : le prix du kWh varie chaque heure, en fonction des cours du marché de gros (OMIE). Trois périodes rythment la journée :
| Période | Nom espagnol | Horaires (péninsule) | Niveau de prix |
|---|---|---|---|
| 🔴 Pointe | Periodo punta | 10h-14h / 18h-22h (lun-ven) | Le plus élevé |
| 🟡 Intermédiaire | Periodo llano | 8h-10h / 14h-18h / 22h-00h (lun-ven) | Moyen |
| 🟢 Creuse | Periodo valle | 00h-8h (lun-ven) + week-ends | Le plus bas |
Structure de la facture d’électricité en Espagne
| Poste | Part estimée | Détail |
|---|---|---|
| Fourniture d’énergie | ~50 % | Reflète les tendances du marché de gros |
| Acheminement | ~25 % | Frais de réseau (transmission + distribution) |
| Taxes et prélèvements | ~15-20 % | TVA 10 % + impôt électricité 2,5 % + bono social |
| Marge fournisseur | ~5-10 % | Frais administratifs, service client |
Comparaison des prix France vs Espagne
| Critère | 🇪🇸 Espagne | 🇫🇷 France |
|---|---|---|
| Prix de gros moyen (S1 2025) | ~62 €/MWh | ~85-95 €/MWh |
| TVA sur l’électricité | 10 % | 20 % |
| Part renouvelables | ~56 % (2024) | ~30 % |
| Part nucléaire | ~20 % | ~70 % |
| Intensité carbone | ~126 gCO₂eq/kWh | ~55 gCO₂eq/kWh |
| Interconnexion | ~2 % (insuffisante) | ~15 % |
Le gaz naturel : système d’exploitation du réseau espagnol
On parle beaucoup des records de l’éolien et du solaire espagnols, mais sans son infrastructure gazière, ce système ne tiendrait pas. Le gaz n’est pas un « pollueur résiduel » en voie d’élimination : c’est le système d’exploitation sans lequel les renouvelables espagnoles ne pourraient pas fonctionner sans risque de black-out majeur. Avec 28 GW de centrales à cycles combinés, l’Espagne possède le 3ᵉ plus grand parc de centrales à gaz de l’Union européenne.
Un parc de cycles combinés parmi les plus performants au monde
Le parc espagnol de Cycles Combinés Gaz (CCG) se distingue non seulement par sa taille, mais aussi par ses performances. Les installations les plus récentes atteignent des rendements énergétiques supérieurs à 60 %, ce qui en fait l’un des parcs les plus efficaces au monde. À titre de comparaison, une centrale à gaz classique (cycle ouvert) ne dépasse pas 35-40 % de rendement.
Ce haut rendement signifie que chaque mètre cube de gaz brûlé produit davantage d’électricité et émet moins de CO₂ par kilowattheure. Le parc espagnol fonctionne comme un complément de haute précision des renouvelables : il monte en charge rapidement quand le vent faiblit ou le soleil se couche, et s’efface quand les ENR reprennent le dessus.
Le Black Start : quand le gaz « rallume » l’Espagne
L’épisode du 28 avril 2025 a mis en lumière une capacité stratégique méconnue des centrales à gaz : le Black Start, c’est-à-dire la capacité de redémarrer de façon autonome sans alimentation extérieure du réseau.
Comment le gaz a « rallumé » l’Espagne — le processus de Black Start
Black-out total
Réseau à 0 V — aucune source active
→
Démarrage CCG
Turbines gaz sur diesel autonome
→
Îlots électriques
Gaz + hydro créent des micro-réseaux
→
Reconnexion
Les îlots fusionnent, tension stabilisée
→
ENR se synchronisent
Éolien et solaire se reconnectent
Sans les centrales à gaz, le rétablissement du courant après le black-out du 28 avril aurait pris des jours au lieu de 12 à 18 heures. La restauration a été initiée par les centrales pilotables au gaz et à l’hydraulique, puis assistée par les interconnexions avec la France et le Maroc.
Un hub gazier européen
L’Espagne est aussi un acteur majeur du GNL en Europe, avec six terminaux de regazéification représentant environ un tiers des capacités européennes. Ces mêmes infrastructures seront demain le vecteur de l’hydrogène vert — le projet H2Med, un pipeline sous-marin entre Barcelone et Marseille, prévoit d’utiliser les corridors gaziers existants pour exporter de l’hydrogène vers la France dès 2030.
Comment fonctionne le système électrique espagnol ?
Le système électrique espagnol est un marché libéralisé depuis 2003, organisé autour de plusieurs acteurs clés. Pour choisir un fournisseur d’électricité espagnol, il est essentiel de comprendre cette architecture.
Producteurs
Iberdrola, Endesa, Naturgy, ENR…
→
OMIE
Marché de gros ibérique
→
REE
Transport + opérateur système
→
Distributeurs
Réseau local → consommateurs
Red Eléctrica de España (REE) est l’opérateur du réseau de transport. L’Espagne est aussi pionnière avec le CECRE, le premier centre de contrôle au monde dédié à la surveillance en temps réel de toutes les centrales renouvelables.
L’isolement ibérique : la faille structurelle
L’Espagne n’est connectée qu’à trois voisins et son taux d’interconnexion n’est que de ~2 %, bien en dessous du seuil de 10 % recommandé par l’UE.
| Interconnexion | Capacité | Type |
|---|---|---|
| 🇫🇷 France (INELFE) | ~2,8 GW | HVDC + AC |
| 🇵🇹 Portugal | ~3 GW | AC |
| 🇲🇦 Maroc | ~0,6-0,9 GW | Sous-marin |
Black-out du 28 avril 2025 : causes et leçons
Le 28 avril 2025, à 12h33, le réseau électrique espagnol s’est effondré : 15 GW de production ont disparu en quelques secondes, plongeant 50 millions de personnes dans le noir. C’est le plus grand black-out en Europe depuis 20 ans.
Le rapport préliminaire de l’ENTSO-E (3 octobre 2025, panel de 45 experts) a identifié des « surtensions en cascade » — un phénomène jamais observé en Europe. La centrale solaire de Núñez de Balboa (500 MWc) a été identifiée comme point de départ des oscillations.
Dès juin 2025, le gouvernement a adopté des mesures : incitations au stockage par batteries et consultation sur un marché de capacité pour rémunérer les centrales pilotables (dont les CCG) pour leur disponibilité. Le 28 janvier 2026, l’Espagne a d’ailleurs échappé de peu à un nouveau black-out lors de la tempête Kristin, quand des parcs éoliens ont dû être arrêtés en urgence — confirmant que la stabilité reste un sujet critique.
Stockage et flexibilité : le défi majeur de l’Espagne
| Type de stockage | Capacité (2025) | Commentaire |
|---|---|---|
| Hydraulique (réservoirs) | ~6,3 GW | Dépendant du climat, capacité saturée |
| STEP (pompage-turbinage) | ~7,3 GW | Principale ressource de flexibilité |
| Batteries | ~60 MW | 13ᵉ rang européen — retard critique |
Le contraste est saisissant : 9 GW de solaire neuf installés en 2024, mais seulement 250 MWh de batteries. Tant que le stockage par batteries n’atteindra pas une masse critique, le gaz restera le seul « système d’exploitation » capable de faire tourner l’ordinateur électrique espagnol — en particulier chaque soir, quand le solaire s’éteint et que la demande atteint son pic.
Le plan national vise 22,5 GW de stockage d’ici 2030. L’Espagne entend rattraper son retard et figurer dans le top 5 européen, portée par une vague de projets industriels lancée après le black-out.
Espagne vs France : quel modèle électrique est le plus performant ?
| Critère | 🇪🇸 Espagne | 🇫🇷 France | Avantage |
|---|---|---|---|
| Part ENR | ~56 % | ~30 % | 🇪🇸 |
| Intensité carbone | ~126 gCO₂/kWh | ~55 gCO₂/kWh | 🇫🇷 |
| Prix de gros | ~62 €/MWh | ~90 €/MWh | 🇪🇸 |
| Stabilité réseau | Black-out 2025 | Pas de black-out récent | 🇫🇷 |
| Capacité Black Start gaz | 28 GW CCG (>60 % rendement) | ~12 GW CCG | 🇪🇸 |
| Interconnexions | ~2 % | ~15 % | 🇫🇷 |
| Infrastructure GNL | 6 terminaux (1/3 UE) | 4 terminaux | 🇪🇸 |
Au final, le modèle espagnol pose une question inédite à l’Europe : et si l’isolement, combiné à une pénétration massive des renouvelables, était une voie possible vers des prix bas, quitte à accepter un risque systémique plus élevé ? Un pari que la France, avec son nucléaire et ses interconnexions, n’a pas choisi. Deux philosophies, deux niveaux de risque — et, au milieu, le gaz naturel qui reste dans les deux cas un acteur incontournable de la flexibilité.
Objectifs 2030-2050 : où va l’électricité espagnole ?
| Objectif | Cible 2030 | Cible 2050 |
|---|---|---|
| Part ENR dans l’électricité | 81 % | 100 % |
| Capacité renouvelable | 160 GW | — |
| Stockage | 22,5 GW | — |
| Électrolyseurs H₂ vert | 12 GW | — |
| Sortie du nucléaire | Début 2027 | Fin 2035 |
| Neutralité carbone | — | 2050 |
La sortie du nucléaire : un pari risqué ?
L’Espagne prévoit la fermeture de ses sept réacteurs entre 2027 et 2035. Le nucléaire (~20 % du mix) est la seule source pilotable bas carbone du pays. Sa disparition renforcerait mécaniquement le rôle du gaz comme système d’exploitation de secours — à moins que le stockage ne progresse assez vite pour prendre le relais.
L’hydrogène vert : le gaz de demain passe par les tuyaux d’aujourd’hui
L’Espagne vise 12 GW d’électrolyseurs d’ici 2030. Le projet H2Med, pipeline sous-marin Barcelone-Marseille, prévoit d’utiliser les corridors gaziers existants pour exporter de l’hydrogène vert vers la France. Les CCG espagnols sont déjà conçus pour être « hydrogen-ready » : leur conversion progressive au H₂ permettrait de conserver l’infrastructure de flexibilité tout en décarbonant la production.
L’avenir du gaz en Espagne ne se résume pas à sa disparition progressive. Les infrastructures gazières — centrales à cycles combinés, terminaux GNL, gazoducs — sont les fondations sur lesquelles se construira l’économie de l’hydrogène vert. Le gaz naturel est le système d’exploitation d’aujourd’hui, et l’hydrogène vert en sera la mise à jour de demain. Comme tout système d’exploitation, il ne disparaît pas du jour au lendemain : il évolue.
Questions fréquentes sur l’électricité en Espagne
Sources :
Red Eléctrica de España (REE) ·
OMIE ·
Ember — European Electricity Review 2026 ·
ENTSO-E — Rapport factuel black-out 28 avril 2025 ·
Connaissance des Énergies ·
IEA — Spain ·
Low Carbon Power ·
PNIEC Espagne 2024 ·
RTE France
Dernière mise à jour : février 2026 · Rédaction : somagaz.net



