Excellec existe-t-elle encore ? La réponse est nuancée. La SARL Excellec immatriculée en France (SIREN 528 886 922) a été dissoute en mai 2017 puis radiée définitivement du RCS le 18 décembre 2020. Cette entreprise d’électricité basée à Neuilly-sur-Seine n’existe donc plus juridiquement. En revanche, une société homonyme, Excellec SA, opère activement au Sénégal dans l’électrification rurale. Cette confusion fréquente mérite d’être clarifiée.
Dans le paysage fragmenté des entreprises d’électricité françaises, certaines histoires méritent d’être racontées non pas pour leur succès, mais pour les enseignements qu’elles offrent. Excellec fait partie de ces cas d’école où une structure techniquement compétente a fini par succomber à des contraintes financières structurelles. Cet article propose une analyse complète de cette SARL francilienne, de sa création en 2010 à sa disparition en 2020, tout en dissipant la confusion persistante avec son homonyme sénégalaise.
Création d’Excellec en 2010 : une SARL à Neuilly-sur-Seine
L’histoire d’Excellec débute le 10 décembre 2010, date de son immatriculation au Registre du Commerce et des Sociétés de Nanterre. Les statuts constitutifs, déposés au greffe du tribunal de commerce, révèlent les caractéristiques fondatrices de cette société à responsabilité limitée.
Répartition du capital social
Le capital de 7 500 euros, montant standard pour une SARL dans le secteur du bâtiment à cette époque, était réparti entre deux associés fondateurs selon les statuts constitutifs :
Cette répartition 51/49 est classique dans les SARL où l’associé majoritaire souhaite conserver le contrôle décisionnel tout en impliquant significativement le gérant opérationnel. Nazim Bellahouel, né en 1960, assumait ainsi la direction quotidienne de l’entreprise tout en étant associé minoritaire.
L’immatriculation au RCS de Nanterre fut publiée au BODACC le 19 décembre 2010, officialisant ainsi la naissance juridique d’Excellec dans le paysage des entreprises d’électricité franciliennes.
Que faisait réellement Excellec ?
L’objet social d’Excellec, tel que défini dans ses statuts, couvrait un spectre d’activités relativement large dans le domaine de l’installation électrique. Cette polyvalence affichée traduit une volonté de capter différents types de marchés.
Domaines d’intervention déclarés
L’activité principale enregistrée sous le code APE 43.21A englobait les prestations suivantes :
- Électricité générale basse et moyenne tension pour tous types de locaux (résidentiels, tertiaires, commerciaux)
- Fourniture et installation de réseaux électriques complets
- Maintenance et dépannage des installations existantes
- Réseaux informatiques en complément des infrastructures électriques
- Travaux tous corps d’état dans le secteur du bâtiment et du BTP
- Conseil et formation dans le domaine électrique
- Sous-traitance pour d’autres entreprises du secteur
Un modèle économique sans salariés permanents
Un élément crucial pour comprendre la trajectoire d’Excellec réside dans sa classification INSEE : unité non employeuse. Concrètement, cela signifie que l’entreprise n’avait pas de salarié permanent au cours des années de référence. Le gérant, Nazim Bellahouel, opérait vraisemblablement seul ou faisait appel à de la sous-traitance ponctuelle selon les besoins des chantiers.
Ce modèle présente des avantages indéniables : flexibilité maximale, charges sociales réduites, absence de gestion RH complexe. Mais il comporte également des limites structurelles importantes, notamment l’incapacité à répondre à des appels d’offres conséquents ou à assurer une présence continue sur plusieurs chantiers simultanés.
⚠️ Point d’attention : La convention collective supposée était celle des « ouvriers des entreprises du bâtiment de plus de 10 salariés » (IDCC 1597), ce qui suggère que l’entreprise se projetait dans une dynamique de croissance qui ne s’est jamais concrétisée.
Positionnement géographique à Neuilly-sur-Seine
Le choix d’implanter le siège social à Neuilly-sur-Seine n’était pas anodin. Cette commune des Hauts-de-Seine, limitrophe de Paris, figure parmi les plus aisées d’Île-de-France. Le marché local offrait théoriquement des opportunités intéressantes : immeubles de standing nécessitant des rénovations électriques, bureaux d’entreprises, clientèle disposant de budgets confortables pour des travaux de qualité.
Toutefois, ce positionnement impliquait également une concurrence féroce face à des électriciens établis depuis des décennies et à des entreprises du BTP disposant de moyens bien supérieurs.
2015 : changement d’adresse et adaptation stratégique
En juillet 2015, Excellec procède à un transfert de son siège social. L’entreprise quitte le 171 avenue Charles de Gaulle pour s’installer au 16 rue Jacques Dulud, toujours à Neuilly-sur-Seine. Cette modification est officialisée par une publication au BODACC le 31 octobre 2015, suite à une assemblée générale extraordinaire tenue le 23 octobre 2015.
Plan de localisation dernière adresse Excellec 16 rue Jacques Dulud 92200 Neuilly-sur-Seine
Plan de localisation siège social initial Excellec 171 avenue Charles de Gaulle 92200 Neuilly-sur-Seine
Ce type de déménagement au sein d’une même commune répond généralement à plusieurs motivations possibles :
- Recherche de locaux plus adaptés à l’activité ou à un effectif réduit
- Optimisation des charges locatives dans un contexte économique tendu
- Fin d’un bail commercial ou désaccord avec le propriétaire précédent
- Volonté de rationaliser la structure avant une éventuelle réorientation stratégique
L’établissement initial du 171 avenue Charles de Gaulle devient alors un établissement secondaire avant d’être définitivement fermé lors du transfert. Les documents officiels montrent que cette période correspond également à des modifications statutaires plus larges, suggérant une tentative de restructuration de l’entreprise.
Analyse financière : pourquoi Excellec a échoué ?
Les comptes annuels déposés par Excellec, notamment ceux de l’exercice 2016, permettent de dresser une autopsie économique de l’entreprise. Ces données, accessibles via les registres officiels, révèlent les mécanismes qui ont conduit à l’asphyxie financière.
Performance opérationnelle : des signaux d’alerte
Le premier constat est saisissant : le chiffre d’affaires de 79 500 euros en 2016 représente un niveau d’activité extrêmement faible. Pour contextualiser, c’est le volume qu’un artisan électricien indépendant peut réaliser seul en quelques mois. Cette chute de 54 % par rapport à 2015 témoigne d’une perte de marchés significative.
Paradoxalement, la marge brute de 96,6 % est excellente. Elle indique qu’Excellec maîtrisait ses coûts directs d’intervention et facturait correctement ses prestations. Le problème ne résidait donc pas dans la compétence technique ou la politique tarifaire.
Le véritable tueur : les délais de paiement
L’analyse du besoin en fonds de roulement (BFR) révèle la cause structurelle de l’échec d’Excellec. Le BFR s’élevait à 5 020 euros, soit 23 jours de chiffre d’affaires. Ce chiffre, apparemment raisonnable, masque un déséquilibre fatal.
🚨 Le chiffre qui a tué Excellec
247
jours de délai clients
35
jours de délai fournisseurs
📉 Visualisation du mécanisme de faillite : le « trou » de trésorerie
Travaux réalisés
Excellec avance les frais
Fournisseurs payés
Sortie de trésorerie
Clients paient enfin
Entrée de trésorerie
⚠️ ZONE CRITIQUE : 212 JOURS
Période pendant laquelle Excellec devait financer seule son activité
Trésorerie disponible
6 300 €
Besoin pour 212 jours
≈ 46 000 €
(CA proratisé sur 212 jours)
💡 Résultat : Chaque nouveau chantier creusait le déficit au lieu de le combler
Ce déséquilibre est vertigineux. 247 jours de délai de paiement clients, c’est plus de 8 mois d’attente avant d’être payé pour un travail réalisé. Dans le même temps, Excellec réglait ses fournisseurs en 35 jours seulement. Autrement dit, l’entreprise finançait ses clients pendant plus de 7 mois sur ses propres deniers.
Pour une petite structure disposant d’une trésorerie de seulement 6 300 euros et de fonds propres limités à 11 100 euros, cette situation était intenable. Chaque nouveau chantier aggravait le problème au lieu de le résoudre.
Comprendre le BFR : l’explication pédagogique
💡 Qu’est-ce que le BFR (Besoin en Fonds de Roulement) ?
Le BFR représente l’argent dont une entreprise a besoin pour financer son cycle d’exploitation, c’est-à-dire le décalage entre le moment où elle paie ses charges et celui où elle encaisse ses recettes.
Formule simplifiée : BFR = Créances clients + Stocks – Dettes fournisseurs
Dans le cas d’Excellec, avec des clients payant à 247 jours et des fournisseurs exigeant un règlement à 35 jours, l’entreprise devait avancer 212 jours de trésorerie sur chaque euro de chiffre d’affaires. C’est mathématiquement insoutenable pour une microstructure.
Indicateurs de solvabilité dégradés
La capacité d’autofinancement négative signifie qu’Excellec ne générait pas les ressources nécessaires pour financer son exploitation courante, encore moins pour investir ou se développer. Avec des fonds propres de 11 100 euros et une trésorerie de 6 300 euros, l’entreprise vivait au jour le jour, sans aucune marge de manœuvre face aux aléas.
📊 Conclusion de l’analyse financière
Excellec n’a pas échoué par manque de compétences techniques. La marge brute de 96,6 % prouve que l’entreprise savait travailler et facturer correctement. Elle a succombé à une asphyxie de trésorerie provoquée par un déséquilibre structurel entre ses délais d’encaissement (247 jours) et de décaissement (35 jours). Sans fonds propres suffisants pour absorber ce décalage, la spirale était inévitable.
2017 : dissolution anticipée et liquidation amiable
Face à cette situation financière dégradée, les associés d’Excellec ont pris une décision responsable plutôt que de s’enfoncer davantage. Le 11 août 2017, une dissolution anticipée est prononcée avec effet rétroactif au 31 mai 2017.
Il est important de distinguer cette procédure d’une faillite ou d’un redressement judiciaire. Il s’agit d’une liquidation amiable, c’est-à-dire une décision volontaire des associés de mettre fin à l’activité de manière ordonnée, avant que la situation ne devienne irrémédiable.
✅ Liquidation amiable vs. liquidation judiciaire
Liquidation amiable : Décision volontaire des associés. L’entreprise n’est pas en cessation de paiements. Les dettes peuvent être honorées. Procédure maîtrisée.
Liquidation judiciaire : Décision du tribunal. L’entreprise ne peut plus payer ses dettes. Procédure imposée avec un liquidateur judiciaire nommé par le juge.
Lors de la dissolution, Nazim Bellahouel est désigné liquidateur. Son rôle consiste alors à :
- Réaliser l’actif de la société (encaisser les créances, vendre les éventuels biens)
- Apurer le passif (payer les dettes restantes)
- Établir les comptes de liquidation
- Procéder à la radiation définitive une fois les opérations terminées
La procédure de liquidation va s’étendre sur plus de trois ans, ce qui témoigne probablement de la difficulté à recouvrer les créances clients mentionnées précédemment (rappelons le délai de paiement de 247 jours).
2020 : radiation définitive du RCS
Le 18 décembre 2020, la radiation d’Excellec est officiellement enregistrée au Registre du Commerce et des Sociétés de Nanterre. Une publication au BODACC le 22 décembre 2020 officialise cette disparition. C’est l’acte final qui clôture définitivement l’existence juridique de l’entreprise.
📅 Chronologie complète d’Excellec (2010-2020)
10 décembre 2010
Création et immatriculation au RCS de Nanterre
1er juillet 2015
Transfert du siège au 16 rue Jacques Dulud
31 mai 2017
Cessation d’activité effective
11 août 2017
Dissolution et ouverture de la liquidation amiable
18 décembre 2020
Radiation définitive du RCS – Fin de la personnalité morale
Depuis le 18 décembre 2020, la société Excellec (France) n’existe plus juridiquement.
Toute démarche commerciale ou administrative est impossible.
Excellec France et Excellec Sénégal : deux entreprises différentes
Une confusion fréquente persiste sur internet entre la SARL française radiée et une société homonyme opérant au Sénégal. Il est essentiel de clarifier cette situation pour éviter tout malentendu.
🏢 Organigramme capitalistique : Excellec SA Sénégal
Actionnaire public
SENELEC
Société nationale d’électricité
Actionnaire privé
Azur Investment Holding
+ Management
Société opérationnelle
🇸🇳 EXCELLEC SA
Sangalkam, Région de Dakar
Directeur Général
Pape Alé Guèye
🏭 Fabrication poteaux béton
Objectif : 200 000/an
⚡ Électrification rurale
14 régions couvertes
🔌 Réseaux MT/BT
1 500 km installés
Comparaison
🇫🇷 France (radiée)
0 salarié
CA : 79 500 €
Comparaison
🇸🇳 Sénégal (active)
~400 emplois
200 000 ménages raccordés

Excellec SA au Sénégal : un géant de l’électrification rurale
Contrairement à son homonyme française, Excellec SA au Sénégal est une entreprise en pleine croissance, créée en 2016/2017 en partenariat avec la Senelec (Société nationale d’électricité du Sénégal) qui détient 30 % de son capital. Dirigée par Pape Alé Guèye, elle s’est spécialisée dans la fabrication de poteaux en béton armé et l’électrification rurale.
Ses réalisations sont impressionnantes :
🇸🇳 Excellec SA Sénégal en chiffres
1 500
km de lignes MT
1 300
localités électrifiées
200 000
ménages raccordés
400
emplois directs
L’entreprise sénégalaise ambitionne de produire 150 000 à 200 000 poteaux en béton par an pour accompagner le programme national de remplacement des poteaux électriques en bois. Elle intervient dans les 14 régions du pays et contribue activement à l’objectif d’accès universel à l’électricité fixé à l’horizon 2035 par le gouvernement sénégalais.
Il convient toutefois de noter que cette société a également connu des tensions sociales, avec des mouvements de protestation de salariés relayés par la CNTS-FC et le FRAPP en 2023 et 2025, dénonçant des conditions de travail difficiles et des licenciements contestés.
Leçons pour les entreprises d’électricité en 2026
L’histoire d’Excellec France, bien que singulière, illustre des problématiques récurrentes dans le secteur de l’installation électrique. Pour les entrepreneurs et les professionnels du BTP, plusieurs enseignements méritent d’être retenus.
1. La maîtrise du BFR est vitale
Le cas Excellec démontre qu’une entreprise peut être techniquement compétente (marge brute de 96,6 %) tout en échouant sur le plan financier. Le besoin en fonds de roulement n’est pas un indicateur secondaire : c’est le nerf de la guerre pour les TPE/PME du bâtiment.
Recommandations :
- Négocier des acomptes significatifs (30 à 50 %) avant le démarrage des travaux
- Facturer par étapes sur les chantiers de longue durée
- Mettre en place des procédures de relance client systématiques
- Utiliser l’affacturage pour certaines créances si nécessaire
2. Le danger des délais de paiement excessifs
Un délai client de 247 jours est symptomatique d’une relation commerciale déséquilibrée. Dans le BTP, les grandes entreprises et les marchés publics imposent souvent des délais longs, mais accepter de telles conditions sans contrepartie (prix majoré, acomptes) revient à financer gratuitement ses clients.
💡 Conseil pratique : Intégrez systématiquement une clause de pénalités de retard dans vos devis et contrats. Le taux légal des pénalités de retard entre professionnels est fixé par la BCE + 10 points, soit environ 14 % en 2026. C’est un levier de négociation important.
3. Les limites du modèle sans salariés
Opérer sans salarié permanent offre une flexibilité maximale mais limite drastiquement les perspectives de croissance. Sans équipe stable, impossible de :
- Répondre à des appels d’offres exigeant des effectifs minimums
- Gérer plusieurs chantiers simultanément
- Construire une réputation durable auprès des donneurs d’ordre
- Capitaliser sur les compétences et fidéliser un savoir-faire
4. L’importance de la diversification des clients
Une entreprise dépendante d’un petit nombre de clients est structurellement fragile. Si l’un d’eux rencontre des difficultés ou décide de changer de prestataire, l’impact est immédiat et potentiellement fatal.
5. La dissolution amiable comme option responsable
Contrairement à l’image négative souvent associée à la fermeture d’une entreprise, la liquidation amiable choisie par Excellec témoigne d’une gestion responsable. Les associés ont préféré arrêter avant d’accumuler des dettes impossibles à honorer, préservant ainsi leurs créanciers et leur propre avenir professionnel.
🎯 Ce qu’il faut retenir
L’histoire d’Excellec rappelle que dans le secteur de l’énergie et de l’électricité, la compétence technique ne suffit pas. La gestion financière, le contrôle du BFR et la structuration de la relation client sont des facteurs aussi déterminants que la qualité des prestations. Pour les entrepreneurs du secteur, cette autopsie économique offre un cas d’étude précieux, loin des success stories mais riche d’enseignements concrets.
Questions fréquentes sur Excellec
Article mis à jour le 26 février 2026 – Sources : RCS Nanterre, BODACC, INSEE, Infogreffe, presse sénégalaise (Dakaractu, EnquêtePlus)



