Maroc gaz : entre eldorado énergétique et enjeux géopolitiques
Le Maroc est à un tournant stratégique de son développement énergétique. Face à une demande intérieure croissante et à une dépendance historique aux importations, le pays mise de plus en plus sur le gaz naturel pour diversifier son mix énergétique. Ce mouvement s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe, marqué notamment par la rivalité avec l’Algérie et les enjeux d’approvisionnement européens. Des projets structurants comme Tendrara, le port GNL de Nador West Med ou encore la réactivation du Gazoduc Maghreb-Europe (GME) traduisent cette volonté de devenir un acteur gazier majeur.
Le gaz au Maroc : état des lieux
Typologie : GPL, gaz naturel, GNL
Le paysage gazier marocain repose principalement sur trois types de gaz :
- Gaz de pétrole liquéfié (GPL), notamment le butane, largement utilisé dans les foyers.
- Gaz naturel, en phase de développement, destiné à l’industrie et à la production électrique.
- GNL (gaz naturel liquéfié), qui permet l’importation par navires, solution privilégiée en l’absence de gazoducs actifs.
Acteurs majeurs : Afriquia Gaz, Sound Energy, Akwa Group
Le secteur compte des groupes marocains et étrangers :
- Afriquia Gaz (Akwa Group) : leader de la distribution de GPL.
- Sound Energy : société britannique en charge du projet Tendrara.
- ONEE : acteur public clé dans la consommation et la distribution de gaz.
Le Maroc attire également de grandes multinationales de l’énergie. Parmi les plus actives :
- ExxonMobil et Hunt Oil, impliquées dans l’exploration offshore atlantique.
- NewMed Energy, qui participe aux activités de prospection dans le nord du pays.
- Chariot, société britannique ayant réalisé d’importantes découvertes gazières au large de Larache.Usage domestique vs industriel
Si le GPL reste le pilier de la consommation domestique, le gaz naturel est en forte croissance dans les secteurs industriel et énergétique, appuyé par des projets d’infrastructures et d’importation.
Les grands projets en cours
Tendrara (Sound Energy)
Ce gisement prometteur, situé dans l’est du Maroc, pourrait couvrir une part significative des besoins nationaux. Sound Energy y développe une infrastructure de production et de transport, avec une première phase opérationnelle dès 2025.
Autres bassins gaziers actifs ou en veille
Outre Tendrara, d’autres bassins montrent un potentiel significatif :
- Gharb : site historique de production, toujours prometteur.
- Essaouira : bassin exploité depuis les années 1980 avec un potentiel renouvelé.
- Guercif : cible actuelle de Predator Oil & Gas.
- Autres zones en veille : Zag, Boudenib, Missour, Doukkala, Tadla — en attente d’explorations plus poussées.

GNL & infrastructures portuaires (port Nador West Med)
Le futur port de Nador West Med inclura un terminal GNL, clé pour sécuriser l’importation. Cette infrastructure permettra d’approvisionner les centrales électriques et les industries via regazéification.
Réactivation du Gazoduc Maghreb-Europe
Suite à la rupture du contrat avec l’Algérie en 2021, le GME pourrait être réactivé à l’envers, depuis l’Espagne vers le Maroc, renforçant l’intégration au marché gazier européen.
Une ambition nationale : devenir exportateur
Intégration régionale
Le Maroc cherche à jouer un rôle de hub énergétique entre l’Europe, l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Sa stabilité politique en fait un partenaire attractif pour des investissements en infrastructures.
Le gazoduc Nigeria-Maroc : projet stratégique continental
Le gazoduc Nigeria-Maroc (NMGP), long de plus de 5 000 km, ambitionne de relier le Nigeria au Maroc en traversant 13 pays d’Afrique de l’Ouest. Soutenu par les États-Unis et la CEDEAO, ce projet géopolitique pourrait positionner le Maroc comme un hub énergétique entre l’Afrique et l’Europe. Il représente un levier stratégique majeur pour la sécurité énergétique régionale et la coopération Sud-Sud.
Maroc dans le “club” des exportateurs
Des publications comme Atalayar soulignent les efforts marocains pour s’inscrire parmi les futurs exportateurs régionaux, misant sur les ressources domestiques (Tendrara) et les capacités logistiques portuaires.
Défis & limites du développement gazier
Risques géopolitiques
La dépendance aux importations de gaz (notamment de l’Algérie ou via l’Espagne) expose le pays à des tensions diplomatiques et à une instabilité d’approvisionnement.
Rentabilité économique des projets
Le développement gazier exige des investissements lourds. La rentabilité dépend du prix du gaz, des coûts d’infrastructure et des volumes produits localement.
Transition énergétique
Le gaz naturel est vu comme une énergie de transition. Le Maroc, engagé dans le solaire et l’éolien, doit intégrer ce développement gazier dans une stratégie bas carbone.
Développement durable & transition juste
Le Maroc devra équilibrer l’exploitation de ses ressources naturelles avec la protection de l’environnement. Les impacts potentiels sur les écosystèmes marins et terrestres nécessitent des normes strictes. Par ailleurs, une transition énergétique équitable suppose l’intégration des populations locales et la réduction des inégalités d’accès à l’énergie.
Prix du gaz : perception publique & impact économique
Prix GPL / butane
Le butane est subventionné par l’État. Cette politique rend son prix relativement stable et bas pour les ménages (≈ 40 MAD la bouteille de 12 kg).
Prix gaz naturel : données actualisées
| Année | Prix moyen gaz naturel (MAD/L) | Équivalent en €/L |
|---|---|---|
| 2015–2025 (moyenne) | 11,90 | ≈ 1,10 |
| 2022 (pic) | 17,78 | ≈ 1,63 |
| 2025 | 13,78 | ≈ 1,27 |
Facteurs de variation
- Le cours international du gaz
- Les taxes et droits de douane
- Le mode d’importation (gazoduc, GNL)
À noter que les investissements énergétiques prévus atteignent 130 milliards de dirhams, notamment via un consortium composé de Taqa Morocco, Nareva et du Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Ces montants couvrent aussi bien les infrastructures gazières que les projets d’interconnexion électrique.
Perspectives 2025–2030
Auto-suffisance énergétique ?
Grâce à Tendrara et d’autres gisements en prospection, le Maroc vise une part d’autonomie énergétique, sans exclure les importations stratégiques.
Opportunités d’exportation
La crise énergétique européenne post-2022 ouvre des opportunités pour le Maroc, en tant que fournisseur complémentaire.
Risques & incertitudes
Les aléas géopolitiques, les prix volatils du marché mondial et la transition énergétique mondiale peuvent freiner cette ambition.
Pour finir
Le Maroc avance à grands pas vers une stratégie gazière ambitieuse, entre sécurité énergétique, transition verte et poids géopolitique accru. L’enjeu est de taille : transformer les promesses en réalités durables et inclusives pour l’économie marocaine.
Ce chemin vers le leadership gazier ne peut ignorer les enjeux sociaux et environnementaux. Le véritable défi du Maroc sera de concilier développement économique, souveraineté énergétique et durabilité à long terme.
FAQ
Quel est le prix actuel du gaz au Maroc ?
En 2025, le gaz naturel est à environ 13,78 MAD/L, soit 1,27 €/L. Le butane, subventionné, reste bien moins cher.
Qu’est-ce que le projet Tendrara ?
C’est un gisement gazier à l’est du Maroc, développé par Sound Energy, censé couvrir une partie des besoins nationaux dès 2025.
Le Maroc produit-il du gaz ?
Oui, mais en quantités limitées. La majorité du gaz consommé est importée, via GNL ou (potentiellement) le gazoduc Maghreb-Europe.
Quelle est la différence entre GPL, butane et GNL ?
- GPL : gaz de pétrole liquéfié, utilisé en bouteille (ex : butane).
- Butane : composant du GPL, courant pour la cuisine.
- GNL : gaz naturel liquéfié, utilisé pour import/export par navires.



